Il y a deux façons d’aimer.

Le texte qui suit a été écrit par Sahayim, expert fermenteur sur Lyon, de l’entreprise La vie dans un bocal. N’hésitez vraiment pas à aller suivre son travail, ça vaut le coup.

Il y a deux façons d’aimer.
Et les deux sont vitales.

La première, c’est l’étincelle.
C’est la phase animale, hormonale, brutale.
Celle qui vous prend aux tripes, qui vous empêche de dormir, qui vous fait envoyer 50 messages par jour.
C’est le modèle « Hollywood ». C’est un feu de paille magnifique.
Ça brille fort, ça chauffe vite, ça consomme énormément d’énergie.
C’est du plaisir pur, immédiat, une décharge de dopamine nécessaire pour initier le mouvement.
Il faut en profiter, car c’est l’un des plus grands shoots que la vie offre.

La seconde, c’est la fermentation.
C’est ce qui arrive quand le feu de paille s’apaise et qu’on décide de rester pour construire.
C’est lent. C’est invisible à l’œil nu. Ça se passe dans l’intimité du foyer, à l’abri des regards.
Ça ne cherche plus l’éclat immédiat. Ça cherche la transformation profonde.

Et au bout de trois semaines, de trois mois, de trois ans…
Il se passe quelque chose d’irréversible : la relation a changé de nature.
Elle est devenue indestructible.

Si vous regardez un bocal de légumes fermentés, vous verrez ces deux mêmes phases.

D’abord, la Passion Gazeuse des premiers jours…
Au début, c’est le chaos magnifique.
Les bactéries Leuconostoc mesenteroides prennent le pouvoir. Elles sont exubérantes.
Elles produisent du gaz (le CO₂), ça bulle, ça déborde parfois, ça sent fort, c’est vivant !
C’est une phase « hétérofermentaire ». C’est l’équivalent biologique du coup de foudre.
C’est nécessaire pour chasser l’oxygène et créer l’ambiance. C’est le feu de démarrage.

Puis, le calme revient.
Mais ce n’est pas parce que ça ne bulle plus que c’est mort. Au contraire.
C’est maintenant que les choses sérieuses commencent.
Les bactéries bâtisseuses (Lactobacillus plantarum) travaillent en silence.
Elles ne font plus de spectacle. Elles créent de la structure.
Elles transforment les sucres simples en acides complexes.
Elles développent l’Umami, cette saveur profonde qu’on ne peut pas fabriquer artificiellement.

Ce n’est plus du Plaisir immédiat. C’est du Bonheur à construire.


Alors est-ce qu’il n’y aurait pas un petit malentendu avec la Saint-Valentin ?

Le problème de la Saint-Valentin, ce n’est pas de fêter l’amour.
C’est que l’industrie a décidé qu’on ne devait fêter QUE la première phase.
Elle nous vend l’illusion qu’on peut commander une 2ème dose de « coup de foudre » sur catalogue le 14 février.

Alors on essaie de raviver la flamme avec des accélérateurs artificiels :

  • Des fleurs coupées (éclat immédiat, mort rapide).
  • Du sucre et de l’alcool (pics de dopamine suivis de crashs).
  • Des restaurants où tout est spectacle.

C’est sympa de remettre un peu de paille dans le feu. C’est même sain !
Et si vous voulez offrir ce shoot de plaisir éphémère, faites-le bien.
Ne prenez pas du combustible industriel. Prenez du beau bois.
Allez voir de bons artisans :

  • Offrez un bouquet de fleurs françaises et de saison
  • Offrez des chocolats de grande qualité

Nourrissez la passion avec de la qualité.

Mais n’oubliez pas de célébrer le reste !
La Saint-Valentin devrait aussi être le moment où l’on rend visible l’invisible.
Où l’on célèbre ce qu’on a construit en silence depuis des années.
Cet affinage discret qui fait que votre couple a cette saveur unique, inimitable, cet « Umami » relationnel.

L’Humanité l’a toujours su.
Pour célébrer les unions sacrées, les Anciens ne sortaient pas des feux d’artifice.
Ils sortaient des ferments.
Du vin vieux. Du pain au levain. Du fromage affiné. Du saké précieux.
Pourquoi ?
Parce que poser un aliment fermenté sur la table, c’est dire :
« Regarde. On a laissé le temps faire son œuvre. Et c’est devenu meilleur. »


Et ne vous y trompez pas, il y a une raison physiologique à tout ça.

La passion du début, c’est la Dopamine (le circuit de la récompense immédiate). Ça excite, ça consomme.
L’amour qui dure, c’est la Sérotonine (l’hormone de la plénitude et de l’attachement).

Et vous savez où est produite 90% de votre sérotonine ?
Dans votre intestin. Par votre microbiote.

Si vous voulez célébrer l’amour durable, vous devez prendre soin de ce foyer intérieur.
Gaver son partenaire de sucre industriel le 14 février, c’est lui offrir un pic de dopamine, mais c’est saboter sa sérotonine (inflammation, dysbiose…).
C’est privilégier l’étincelle au détriment du foyer.


Alors cette année, je vous invite à célébrer autrement : Faites les deux.

Offrez-vous le plaisir éphémère si vous en avez envie (c’est bon de sentir son cœur battre !).
Mais offrez-vous aussi quelque chose qui nourrit la phase 2.
Quelque chose qui va maturer.

Apprendre ensemble à faire un bocal, c’est exactement ça.
C’est accepter de préparer aujourd’hui quelque chose qui sera meilleur dans 3 mois.
C’est un acte de foi en l’avenir.
C’est dire : « Je parie qu’on sera encore là pour le manger, et qu’on l’appréciera encore plus. »

N’hésitez pas à suivre la new’s letter de la Vie dans un Bocal, elle est très riche… Et vivante 😉


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